Le film commence par un aveu qui n'était pas prévu au scénario. « Aujourd'hui, c'est la première fois que je réalise une interview dans l'intimité, la première fois que j'ouvre la porte de chez moi. » Vingt ans durant, Alexandre Cormont a tenu sa vie privée à distance de son métier. L'épisode 04 de Time to Create commence exactement là, sur cette porte qui s'ouvre.
Un métier que personne ne voulait
Love coach depuis 2007. À l'époque, le mot ne veut rien dire pour personne, et quand il veut dire quelque chose, ce n'est pas flatteur. « Quand je me suis lancé, c'était inconnu. Du coup on était complètement vus comme des moins que rien. » Il raconte les présentations en soirée, et la phrase qui revenait dès qu'il disait son métier.
« Dès que je disais que j'étais love coach, la première réaction c'était : attention, tu vas me manipuler. »
L'origine du métier tient à un ami en difficulté et à une chance qu'il avait eue. Le basket d'abord, jusqu'au niveau semi-professionnel, et avec lui un préparateur mental dès l'âge de douze ans, la programmation neuro-linguistique, des outils que la plupart des gens n'ont jamais eus entre les mains. Il aide cet ami, il comprend qu'il sait faire, et il ouvre un blog. Il a un peu plus de vingt ans, c'est l'ère des blogs.
Suit la partie dont on parle moins dans les portraits d'entrepreneurs : le décalage entre savoir faire son métier et savoir en vivre. « Être un bon coach et être entrepreneur, ce sont deux choses différentes. J'ai eu beaucoup de mal à me faire connaître. Au début, j'ai eu beaucoup de mal à prendre les bonnes décisions. »
Le choc qui redistribue tout
Puis son père tombe malade, et meurt. Il a dix-huit, dix-neuf ans, il vit du basket, il est indépendant, il a son appartement et sa voiture. « Ta vie, elle est belle. » Il dit ne pas avoir pris la mesure de ce qui se passait, et il emploie le même mot deux fois : une claque. Une claque qui lui fait revoir toute sa vie. Il quitte le sud de la France, monte à Paris près de sa mère, et se met à fond dans son activité.
Vingt ans plus tard, cet événement lui sert encore d'échelle. « Il n'y a rien, mais rien qui soit à la hauteur de la perte de mon papa. C'était mon héros, c'était tout pour moi. » Tout le reste, dit-il, se surmonte.
Ce qui rend le passage juste, c'est qu'il refuse d'en tirer la morale facile. Il ne fait pas l'éloge de la douleur qui grandit.
« Bien sûr, l'inconfort nous construit, mais je ne pense pas qu'il faille chercher l'inconfort pour se construire. »
Miami, et les mois où l'on pleure sans savoir pourquoi
2014, premier voyage aux États-Unis, découverte de Miami. Trente degrés à l'atterrissage, les palmiers, une ville cosmopolite où se croisent l'Amérique du Sud, l'Europe et les États-Unis. C'est la partie facile à raconter. La suite l'est moins. « Une semaine plus tard, tu te réveilles, tu n'as pas ta famille, tu n'as pas tes amis, tu ne parles pas la langue, tu es vraiment un peu seul au monde. » Il évoque trois, quatre, cinq mois de vrais défis, et des larmes qui viennent sans qu'on sache dire pourquoi.
Début 2018, un an et demi après son installation, il lance French Relationship Expert pour transmettre sa méthode en anglais. Sans brûler les étapes, en restant présent auprès de la communauté francophone. Aujourd'hui il travaille avec une équipe répartie dans plus de six pays. « Si on m'avait dit, quand je me suis lancé en 2007, que 20 ans plus tard je serais aux États-Unis, reconnu, j'aurais dit que c'était impossible. Tout le monde me disait que j'étais fou. »
Créer, c'est la vie
Le format s'appelle Time to Create. L'épisode finit par lui donner raison sans l'avoir cherché, dans les dernières minutes, quand Alexandre Cormont explique ce qui l'a réellement tenu debout après la mort de son père et pendant ses premiers mois américains. Ce n'est ni la discipline ni la méthode.
« Créer, c'est la vie. »
« Si je n'avais pas eu ce pouvoir créatif, je n'aurais pas pris de plaisir, je me serais arrêté, je serais revenu en arrière. » C'est aussi ce qu'il prescrit aux gens qui viennent le voir après une rupture : se réinventer, créer, se remettre en chemin, parce que créer met dans l'action.
Sa définition de la réussite, elle, a changé en cours de route. Au départ le nombre de vues, de personnes touchées, de clients. Aujourd'hui l'arrivée de ses deux enfants a déplacé le centre de gravité vers l'équilibre et la présence. Et il laisse une phrase à ceux qui attendent que quelqu'un leur donne la permission.
« Vous avez sûrement un petit rêve. Vous avez quelque chose au fond de vous. N'attendez pas la validation des autres. »
L'épisode
Onze minutes, tourné à Miami, chez lui. Réalisation François Lefranc, Studio FLF. Time to Create filme des parcours, pas des entreprises : ce que quelqu'un a construit, et le chemin qu'on ne voit pas de l'extérieur.
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